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EPLEFPA de Carcassonne

L’innovation technique et agronomique au service de la diversité des espaces verts

Le fait de ne plus utiliser les désherbants antigerminatifs ne permettant qu’un seul passage annuel  va augmenter sensiblement les coûts financiers et le temps de travail des agents. En dépit de l’interdiction imminente des produits phytosanitaires dans l’entretien des espaces verts, beaucoup de municipalités hésitent encore à franchir le pas, le plus souvent par manque d’information sur les solutions techniques et agronomiques existantes permettant de diminuer le temps et la pénibilité du travail.

 

 

La gestion différenciée des espaces verts

La gestion différenciée des espaces verts encourage à ne pas tondre systématiquement toutes les surfaces enherbées de la même façon. D’une part selon le lieu c’est inutile mais d’autre part,  cela engendre un seul et même milieu (pelouse rase) qui conduit à un appauvrissement de la biodiversité. Cette méthode est basée sur une gestion raisonnée des espaces végétalisés selon leur situation et leur utilisation.
Ainsi, les  espaces moins fréquentés, aux sols plus fragiles, ou écologiquement précieux doivent être  laissés à eux-mêmes ou fauchés afin d'y conserver des refuges pour la biodiversité. Il est aussi possible d’avoir ponctuellement recours à l’éco-pâturage comme à Narbonne et Aragon où ânes et chevaux sont devenus un bon complément au fauchage. 

D’autres espaces comme les stades seront fréquemment tondus même si il est vivement conseillé d’y améliorer la qualité du sol (amendements, scarification…) comme souhaite le faire la ville de Foix pour favoriser l’installation du gazon.

Cette gestion raisonnée demande au préalable de dresser un inventaire des zones traitées et des pratiques de désherbage en vue de mettre en œuvre un Plan d’Amélioration des Pratiques Phytosanitaires et Horticoles (PAPPH) cohérent. Outre un recensement des futurs besoins en termes d’équipements et de main d’œuvre, cela permet d’identifier les surfaces difficiles à désherber ainsi que les endroits présentant un risque de transfert accru des pesticides vers les points d’eau.  Pour ce faire, la municipalité peut s’appuyer sur les connaissances et compétences des agents paysagers qui sont-eux mêmes sur le terrain au quotidien.

 

Une conception durable des aménagements urbains

Depuis 2014, le Conseil Général de l’Aude n’utilise plus de produits phytosanitaires pour entretenir les ilots routiers du département. Cette évolution des pratiques a demandé de changer la conception des aménagements.

Il faut  penser les structures autrement en terme de revêtement pour qu’elles ne demandent qu’un minimum d’entretien comme c’est le cas avec les enrobés colorés. Pour minimiser les besoins en désherbage et contenir l’expansion des végétaux par la suite, il est conseillé d’entourer les zones de verdure d’une bordure de 15 cm de haut mais aussi de bétonner les pieds des panneaux de signalisation routière.

Car la nature a horreur du vide, les espaces où la terre est  à nue sont à proscrire absolument si l’on ne veut pas voir s’installer une flore non désirée. Il est conseillé d’utiliser des paillages, qu’ils soient végétaux, synthétiques ou minéraux, le résultat est à la hauteur et brise la monotonie du paysage urbain. Pour vous aider dans vos choix et trouver l’inspiration, un tour au Jardin des carrières sur le parvis de l’Hôtel du Conseil Général de l’Aude vous permettra de découvrir la production de 24 carrières audoises.

Les plantes méditerranéennes sont à privilégier dans les aménagements paysagers. Peu gourmandes en eau, elles sont véritablement adaptées au climat et au sol et ne demandent donc que peu d’entretien. Couplées avec des paillages et un système de goutte à goutte, elles constituent un jardin sec, esthétique mais aussi économique et respectueux de l’environnement.

Les cimetières où le respect dû aux défunts implique un entretien accru restent souvent le point noir dans le PAPPH des communes. Outre une nécessaire communication vers les populations pour les encourager à changer leur regard sur la flore spontanée, il est possible de remplacer les allées gravillonnées et les inter-tombes où les engins de tonte et de désherbage ne peuvent passer par du béton ou des enrobés. L’implantation de tapis végétaux (thym, sedum) dont la hauteur de pousse ne dépasse pas 5 cm peut aussi être envisagée. De même, l’enherbement peut se faire avec  de la jachère fleurie sur les zones moins fréquentées.  Cette verdure amène un côté naturel et apaisant à condition que la présence de l’herbe et sa hauteur soient comprises et validées avec la population et les agents par le biais d’espaces pilotes.

 

Une panoplie de méthodes alternatives

Ne plus utiliser de produits phytosanitaires demande de se tourner vers des méthodes alternatives préventives et/ou curatives pour désherber mais aussi lutter contre les ravageurs.

Le bio-contrôle a pour objectif de maintenir les populations d’agresseurs biologiques sous un seuil acceptable en s’appuyant sur des préparations naturelles peu préoccupantes (PNPP),  des organismes vivants (insectes, champignons…) et des médiateurs chimiques (phéromones sexuelles). Ainsi la Ville de Narbonne a tenté l’expérience avec des nématodes pour sauver ses palmiers mais l’infestation étant déjà trop avancée pour être contenue,  le service des espaces verts a dû couper les arbres trop touchés afin d’éviter la propagation du papillon palmivore (Paysandisia archon).

La lutte biologique s’appuie sur des auxiliaires, si le rôle du hérisson et de la coccinelle dans les potagers n’est plus un mystère, en Pays de Sault, les habitants ont redécouvert le renard. Depuis l’invasion de campagnols en 2012, les renards ne sont plus considérés comme animaux nuisibles. En effet, avec les rapaces, ils s’avèrent être des alliés efficaces dans ce combat contre le pullulement des rongeurs.

Concernant le désherbage,  le balayage des voiries reste un impératif aussi bien en fin d’hiver qu’au début du printemps, pour éliminer les graines et éviter au maximum la repousse de la flore spontanée. Cela ne dispense malheureusement pas d’un travail de désherbage. Comme nous avons pu le constater lors des démonstrations de matériels de désherbage alternatif, les constructeurs proposent aujourd’hui une pléthore d’outils : désherbage manuel, mécanique ou thermique, il y en a pour tous les goûts et surtout pour tous les usages. L’investissement n’est certes pas anodin pour les communes qui devront s’appuyer sur leur inventaire des pratiques de désherbage et les objectifs du PAPPH pour faire les bons choix. Ainsi, pour le travail du sol et le désherbage des massifs et des boulodromes, on préférera la binette (manuelle ou mécanique) tandis que sur les trottoirs ou les caniveaux le Réciprocator électrique fait des miracles, sans bruit ni projection !

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